Perel Talks

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Figure émergente de la scène berlinoise, recrue du label DFA records, sur lequel elle signe son premier album Hermetica, la remarquable Perel s’affiche sur les line-up des soirées Innervisions et des plus grands clubs internationaux. A la veille de sa première fois derrière les platines du Badaboum, on a parlé féminisme et sexisme avec une artiste pleine d’énergie.

 

Quelle est ta définition du féminisme ?

L’égalité des genres. L’entente et le respect les uns pour les autres. Quoiqu’il me semble que ce sont des valeurs universelles.

Selon moi, c’est surtout un sujet commun qui ne devrait pas être réservé aux femmes. Est-ce que vous auriez posé la même question à un homme ?

Mais si c’est un atout pour notre développement social et économique, alors c’est essentiel. Absolument essentiel.

 

Avais-tu des modèles de femmes artistes quand tu as commencé ?

Pour être honnête, mes premiers modèles étaient incarnés par des figures masculines. Mais si je devais en citer une, je dirais Annie Lenox qui m’a beaucoup influencé, indéniablement. Mais quand j’ai commencé il y a plus de dix ans, il y avait encore très peu de femmes Dj’s . Mais peu importe, à ce moment-là je me suis surtout dit « c’est ce que je veux faire ! ». Alors je l’ai fait.

 

Quelles sont les personnalités féminines qui t’inspirent aujourd’hui dans le milieu de la nuit ?

Toutes. Mais surtout, quand quelqu’un m’inspire, c’est surtout l’artiste, peu importe son genre !

 

Tu sembles avoir une relation particulière avec Jennifer Cardini. Que représente- t-elle pour toi ?

Il n’y pas beaucoup de gens comme elle dans le milieu de la nuit. Elle a un cœur immense. On partage beaucoup de choses et on aime rigoler pour les mêmes bêtises. Elle est tellement drôle. Et Jennifer est typiquement le genre d’amie qu’on peut appeler au milieu de la nuit si on a besoin. Et pour toutes ces raisons, je l’aime infiniment.

 

Sens-tu que la place des femmes dans les clubs est en train d’évoluer ?

On est sur le bon chemin… alors continuons comme ça. Je suis très heureuse de voir les choses évoluer dans le bon sens pour les femmes artistes. Concentrons-nous sur le positif, même si nous savons tous qu’il ne faut pas crier victoire.

 

Dans quel pays sens-tu que les choses évoluent le plus en termes de parité dans la programmation des clubs et des festivals ?

C’est très compliqué de répondre à cette question.  Je peux me réjouir de la parité des line-up de nombreuses soirées à travers le monde et faire absolument le même constat inverse. Cela continue de dépendre avant tout des promoteurs et de leur volonté de faire évoluer les choses.

 

As-tu déjà été visée par des attaques sexistes depuis le début de ta carrière ?

Évidemment… Et j’en parle beaucoup. Et toutes les victimes de sexisme devraient toujours témoigner de leurs mauvaises expériences pour que les choses changent. 

 

Quel genre de situations t’a déjà mis mal à l’aise dans un club ou derrière les platines ?

Quand les gens ne dansent pas du tout ou qu’ils n’ont pas l’air de comprendre ce que je fais là. Mais je pense que tous les Dj’s ont été confrontés un jour ou l’autre à ce genre de situations….

 

Comment te sens-tu derrière les platines ? Qu’est ce qui te rend forte ? Qu’est-ce qui te plait le plus ?

Cela dépend des jours bien sûr mais je suis surtout très concentrée. Je sors de ma bulle quand je prends mon micro. A ce moment-là, quand cela devient une performance, les choses prennent une autre dimension. Mais c’est la musique et la foule qui me rendent forte. Et j’aime les nuits qui se transforment en véritable communion. Le fait de chanter rend les choses plus particulières et facilitent souvent la connexion. Quand les gens ne sont pas dedans ou que moi-même je suis très fatiguée, l’effet peut être surprenant de voir tout le monde se réveiller d’un coup et se mettre à crier.

 

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes filles pour évoluer dans un métier comme le tien ?

Le même que je donnerais aux hommes où à n’importe quel artiste en devenir. Il faut suivre son cœur, écouter sa voix intérieure, travailler beaucoup… et être patient. Et surtout ne jamais faire en fonction des autres. Si c’est ce que tu veux faire, alors fais-le !

 

Quelle est selon toi la victoire la plus importante pour les femmes ces dernières années ?

Elles sont nombreuses. Surtout si on compare avec la situation il y a cinquante ans… Chaque jour est une petite victoire, même si nous devons toujours faire face aux injustices.

Les femmes incarnent la diversité. Nous avons toutes nos rêves, notre histoire et une raison d’être fière de ce que nous sommes !

Lucie Gouze