Henrik Schwarz Talks

English version English

 

Est-ce qu’il te semble plus compliqué d’exprimer des idées, notamment sur les causes humanitaires et sociales, à travers le medium de la musique électronique qu’à travers d’autres genres musicaux  ?

 

Je pense que c’est tout à fait possible d’exprimer des idées à travers la musique électronique. Les idées sont peut-être plus abstraites que dans des chansons pop où on trouve des paroles, mais on peut quand même véhiculer quelque chose avec le nom des morceaux, la sélection, la combinaison et l’origine des sons utilisés. Je pense en tout cas que l’aspect social de la musique électronique a beaucoup changé, depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui. Pour moi, le coeur de la musique électronique peut se résumer à « tout le monde est le bienvenu ». Ça équivaut à la liberté. C’était la nouvelle idée qui a germé il y a 25 ans ou plus quand j’ai commencé à mixer. Et ça m’a fasciné. Peu importe si tu viens de l’Est ou de l’Ouest, riche ou pauvre, peu importe ta couleur de peau, ton orientation religieuse, homme ou femme, gay ou hétéro, ça n’a pas d’importance. Tu es le bienvenu, tu es libre. Ça a été une réelle croyance dans toute la scène électronique.

 

Je crois que c’est important de ne pas oublier d’où on vient, d’où cette musique vient.

 

Année après année, le monde de la musique électronique est devenu de plus en plus professionnel, en passant de l’underground au mainstream et en perdant peut-être un peu d’impact d’un point de vue social et politique. Je crois que c’est important de ne pas oublier d’où on vient, d’où cette musique vient, et d’utiliser le pouvoir immense qu’elle a aujourd’hui pour donner en retour. Dans certains pays, la musique électronique est encore aujourd’hui un phénomène nouveau et underground. Les gens se rassemblent pour partager des pensées et des énergies en passant un bon moment. C’est donc à la fois social et politique, et aide peut-être un peu à faire bouger les choses.

 

À Paris, il y a une une organisation à but non-lucratif dans le monde de la nuit (pour n’en citer qu’une) qui s’appelle Les Éveillés et qui organise des événements caritatifs dont les bénéfices sont reversés à des associations pour aider les réfugiés. Tous les organisateurs sont bénévoles et les artistes y jouent gratuitement. T’est-il déjà arrivé de croiser ce genre d’initiatives, ou d’y participer ?

 

Ça m’est arrivé. Récolter de l’argent est une chose importante, mais je crois aussi qu’il est important d’aller au contact des gens. Avoir l’esprit ouvert et ne pas avoir peur d’interagir et d’entrer en contact avec d’autres personnes, d’autres cultures qu’on ne connait pas. Un contact réel, pas derrière un écran. J’ai rencontré beaucoup de personnes dans différents pays à travers le monde, et même si on a des cultures et des parcours différents, on veut tous vivre en paix, élever nos enfants et essayer d’être heureux. Peu importe d’où tu viens ou qui tu es. Je trouve ça humain de partager. Partager des idées, partager ce qu’on a à offrir, un talent ou n’importe quoi. Ces idées ne sont pas du tout nouvelles dans le monde de la musique électronique, mais elles ont peut être été un peu oubliées ces dernières années. L’énergie positive que tu peux ramener à la maison après une bonne nuit de clubbing peut être partagée. Avec ceux qui n’ont pas été là.